Les aventures de M. Saquedur

Appelons-le M. Saquedur. M. Saquedur est magistrat, juge si l’on préfère. Et M. Saquedur n’est pas content, mais alors pas du tout : à la télé, le président Sarkozy a dit que lui et ses collègues n’étaient que des bananes, pas foutus d’empêcher une jeune fille de se faire découper en morceaux. Alors là, rien ne va plus, pense M. Saquedur. Il n’en peut, mais fi donc ! pense-t-il. Cela ne se passera pas ainsi.
Alors, dans sa robe dont il est si fier, il va manifester avec ses collègues pour dire que là, ce n’est plus acceptable, appuyé par tout ce que la gauche compte de professionnels de la pancarte indignée. « Que cesse », « que cesse », s’exclame-t-il ainsi.
Pourtant, nous n’avons aucune sympathie pour notre « ami » Saquedur, ni pour aucune de ces charognes en toges qui peuplent les tribunaux. S’opposer « à Sarkozy » ne veut rien dire de bon en soi : des matons qui bloquent parfois les centrales aux flics qui réclament plus d’effectifs, des CRS en grève de la faim à Marseille jusqu’à, donc, nos niquedouilles à rubans de la justice qui s’insurgent d’être traités de tocards, les professionnels du contrôle social savent aussi se manifester quand ils sont « pas contents, pas contents ».
Mais, tels les taulards qui, lors d’affrontements entre policiers et matons, chantaient « allez les deux » pour que les deux porte-uniformes assassins se blessent mutuellement, nous n’avons pas plus de sympathie pour le chef de l’État que pour les juges.
M. Saquedur, comme tous ses collègues, a fait un choix très clair : il a décidé d’être le bras de l’Etat pour cogner sur les pauvres qui ne s’insèrent pas comme on leur a demandé.
Quand on se prend des TIGs, des jours amendes, de la taule avec ou sans sursis, qu’on finit entre quatre murs, qu’est ce qu’on peut bien en avoir à faire d’avoir été condamné par un juge de gauche ou de droite, qu’il ait ou non sa carte au Syndicat de la Magistrature ?
En tant qu’exploités soumis au jour le jour à la pression policière, à l’écrasement par le travail et à la menace des tribunaux, que peut-on en avoir à faire de « l’intervention du chef du pouvoir exécutif dans le pouvoir judiciaire » ?
Pour tout dire, on peut aussi être carrément contre tous les pouvoirs.
Ces andouilles en toge, bien cravatés et bien soldés, voudraient en plus que l’on s’apitoie sur leur sort, que l’on relaie leur lutte, alors que demain, les mêmes pourraient nous envoyer au trou ?
Qu’ils crèvent. Les juges sont les ennemis de toutes celles et ceux pour qui le mot « liberté » résonne encore un peu au fond du cœur.

Ni justice, ni paix.

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