Lettre d’un Bellevillois exilé: Belleville, c’est la Santé !

C’est drôle ça ! Là où je me trouve en ce moment, c’est un peu comme à la maison. Je vis temporairement dans une colonie du XXe arrondissement installée dans le XIVe arrondissement. On y retrouve d’ailleurs les mêmes têtes, le même style architectural, les mêmes rapports économiques dégueulasses mais aussi parfois les mêmes gestes de solidarité dans cette autre citadelle de pauvres. Une chose est sûre, ici les bobos ne viennent pas nous coloniser… La flicaille est à peu prés la même, les barres d’immeubles, la grisaille, la pourriture et les cafards dans les taudis aussi. Puis comme à Belleville, on y vit les uns sur les autres sans espaces de respiration, on y est parqués comme de la merde, sexuellement et socialement frustrés, en colère ou soumis. Ici comme dans chaque recoin du nord-est de paname, il y a les balances, les collabos, le racisme et les petits privilèges, les petites identités en concurrence avec celles des autres, les riches et les pauvres, avec ou sans papiers, les petits chefs, les pharmacies ambulantes officielles ou sauvages, les bastons, les toxicos… Ici aussi on noie l’ennui dans la came, la prière ou la télé. Les amitiés et les inimitiés fleurissent, on passe de serrages de mains chaleureux à des coups de pieds dans la gueule, des joies aux larmes, de ces instants magiques d’entraide, de complicité et de solidarité aux pires instincts de survie aux dépens des autres, la même montagne de rapports dégueulasses et troubles entre les gens. Ici aussi on pleure en cachette, on rit aux larmes dans la beauté de ces instants imprévisibles de résistance collective et spontanée à l’autorité. Ici aussi on chie là où on mange.

De Belleville à Menilmontant en passant par Stalingrad, Couronnes, Place des Fêtes, Barbès ou Château-rouge, les autorités déferrent ici une bonne partie de leur jeunesse cramée pour pérenniser la colonie pénitentiaire. Cette colonie dont je vous parle, c’est la Maison d’Arrêt de la Santé dans le XIVe arrondissement de Paris

Ceci était une lettre anonyme reçue depuis la prison de la Santé, la dernière prison à détruire à Paris.

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