Les marcheuses arrêtées, les flics courent toujours

image marcheusesCela faisait déjà plusieurs années que les prostituées de Belleville (d’origine chinoise pour beaucoup) subissaient le harcèlement dégueulasse et incessant des flics du quartier que connaissent tous les immigrés et les pauvres qui y vivent. Comme si le mépris social et les risques permanents qu’impliquent leurs moyens de subsistance ne suffisaient pas, dans leur entreprise méticuleuse visant à aseptiser le boulevard pour le rendre présentable aux riches venus s’en délecter et le rendre insupportable aux pauvres qui y vivent ou y travaillent encore, les flics sont donc passés à un cran supérieur de répression. Depuis le mois de mai dernier, ils n’ont eu de cesse d’effectuer des contrôles d’identité auprès de celles qu’ils identifiaient comme des prostituées, allant jusqu’à les suivre chez elles pour confisquer ou déchirer leurs papiers. Ils les ont prises en photo avec leurs portables, leur ont interdit de marcher dans le quartier par la menace et l’intimidation et au moins sept d’entre elles ont fini en centre de rétention. Il n’y a plus eu de nouvelles de ces dernières depuis.

Comme tant d’autres que les vagues du capitalisme ont brisés contre les frontières, elles étaient venues en France avec l’idée de gagner de l’argent pour faire vivre leurs familles restées au pays. Mais arrivées ici, il est bien rare qu’elles trouvent un emploi suffisant, la somme d’argent réclamée par les passeurs pour le trajet étant énorme à rembourser et leur condition clandestine ne leur laissant que peu de choix, elles se retrouvent obligées de faire le trottoir et de vivre entassées et nombreuses dans de minuscules appartements pour économiser leurs maigres ressources.

Pour tenter de répondre à cette chasse policière, des prostituées ont organisé un rassemblement à Belleville le 24 juin et un balayage symbolique du quartier avec les soutiens qu’elles ont pu trouver. On pouvait donc y voir pêle-mêle des représentants du syndicat de la magistrature (donc venant de l’intérieur du système répressif lui-même!) et du planning familial, mais aussi de groupes militants comme le Collectif féministe « 8 mars pour TouTEs » ou le FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés) et bien évidemment le Strass (Syndicat des travailleurs/ses du sexe), toute une nébuleuse militante qui a pu profiter du racolage médiatique en montrant son bon cœur, sans trop en demander non plus.

Si l’intention du rassemblement était plutôt d’interpeller les politiques par le biais des médias pour faire cesser les intimidations policières, comment ne pas voir dans cette symbolique du balayage le spectre de ce que les gestionnaires veulent eux-mêmes faire subir au quartier pour le rendre plus rentable en attirant une population plus riche, dont fait partie le fait de « nettoyer » Belleville de ses pauvres, ses clandestins, y compris les prostituées ? De plus, la répression policière n’est que la partie visible d’un iceberg, et s’y attaquer exclusivement laisse intacts les fondements de la domination capitaliste qui créent les conditions de sans-papiers, prostituée ou toute autre situation d’oppression créée par l’argent, le travail, les États et leurs frontières. Pour le dire simplement, nous pensons que la seule manière de faire disparaître l’exploitation et la misère est d’adopter une posture offensive contre ceux qui la produisent, y compris les syndicats et organisations qui tendent à aménager cette exploitation  pour rendre plus acceptable le monde de merde dans lequel nous vivons.

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