Au royaume des aveugles…

Ainsi nous devrions nous habituer à vivre sous le regard inquisiteur des 1300 caméras qui sont actuellement en cours d’installation dans tous les arrondissements de Paris. Les 201 premières caméras de ce projet, poétiquement nommé le PVPP (Plan de vidéo-protection de Paris) adopté dès 2009 par le Conseil de Paris sont entrées en fonction depuis le 21 décembre dernier, inauguré en grande pompe par Fillon au commissariat central du XXe à Gambetta.

Pour rappeler brièvement les chiffres, en plus des 10 000 caméras dont disposait déjà le réseau de transport d’Ile de France (SNCF et RATP), les 1100 caméras du réseau de surface balayeront quasiment chaque coin de rue d’ici l’été 2012. Il faut encore y rajouter près de 2000 caméras privées appartenant à des sociétés sous contrat avec l’État (pour les citer : Forum des Halles, Palais des congrès, Parc des expositions, Carrousel du Louvre, Musée du Louvre, Stade de France, Parc des Princes et magasins Printemps). De plus, grâce à un énorme réseau de fibre optique, les images pourront maintenant être traitées depuis chaque commissariat d’arrondissement par des agents formés à cet effet. Elles iront évidement rejoindre aussi les salles de contrôle de chaque tentacule de la pieuvre étatique, à savoir les préfectures et différents services de police et de renseignement ainsi que la salle de crise du ministre de l’intérieur.

Aussi, comme on ne les désigne jamais suffisamment du doigt, signalons que le chantier colossal de ce projet a été effectué en partenariat avec un consortium privé constitué des sociétés INEO et CITELUM, respectivement filiales de GDF SUEZ et de VEOLIA pour un coût total de plus de 150 millions d’euros. Les véritables cannibales que sont ces multinationales salivent toujours abondement dès que l’État fait éclore quelques appels d’offre juteux, aussi ignobles soient les intentions du projet tant qu’ils sont rentables.

En ce qui concerne cette première vague d’installations ce sont surtout les quartiers riches qui sont placés sous surveillance, cependant à terme, il est prévu que la répartition soit à peu près égale entre tous les arrondissements. Que signifie donc d’avoir sur les épaules le possible regard d’un flic planqué derrière son bureau ? Déjà lorsqu’on en frôlait un de trop près, avec un air qui semblait ne pas lui convenir, il nous toisait suspicieusement, épiant l’infraction. Faudrait-il qu’on doive la sentir maintenant partout cette sale gueule puante, toujours aux aguets, attendant de nous prendre la main dans le sac ?

Voilà la société dont ils rêvent, même plus besoin de religion pour intimer aux consciences la bonne conduite, la surveillance y suffit. Certes les caméras ne datent pas d’hier, mais leur prolifération nous rapproche encore plus du rêve de ces grands utopistes du totalitarisme : vivre avec un flic dans la tête. Ce système voyeuriste sera également doté d’une bien meilleur mémoire. Dorénavant les images seront conservées pendant 30 jours et dans le cadre d’une enquête elles pourront aussi être stockées dans un coffre-fort électronique à la suite d’une réquisition judiciaire.

Des plans contenant les emplacements de toutes ces caméras sont disponibles sur le site de la préfecture. Il y a mille moyens d’échapper à leur contrôle et mille moyens de les défoncer. On pourra retrouver quelques techniques parmi d’autres dans Lucioles n°2.

Crevons les yeux de l’État.

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