Pour qui sonne le glas…

Sur la route de la servitude, la dernière étape n’est pas forcément la plus heureuse.

Ah! Voila, on a trimé toute sa pauvre vie, on s’est crevés à faire des gosses, à les nourrir et maintenant tout est passé, on va enfin pouvoir se réjouir de quelques années de tranquillité avant que ce qui devait arrivait arrive. Sublime perversion du système : nous faire tenir tant d’années dans l’idée qu’on pourra peut-être enfin, un jour, avoir un peu de repos et même nous faire croire que c’est pour cet hypothétique avenir que nous avons du fournir tant d’efforts, non pour gonfler encore la baudruche capitaliste de quelques si précieuses liasses. Mais cette relative accalmie qu’on nous présente comme une carotte de plus n’est peut-être que le début d’un autre cauchemar.

Nous voila devenus, pour la société, un problème de plus à gérer. Il ne faudrait pas qu’on prenne non plus trop de temps aux précieux actifs, d’où la création d’une catégorie sociale « vieux » remise à la gestion de l’Etat, ou du privé. Même si certains préfèrent être entretenus de cette manière afin d’échapper à leur ennui quotidien, ou de ne pas trop subir la maladie, ou encore de ne pas se retrouver esseulés, d’autres qui n’ont pas cette possibilité ou qui la refusent finissent leur vies accompagnés de leurs souvenirs ou, mieux, de leurs proches. La grande majorité des plus de 75 ans évite ainsi de résider dans ce genre d’établissements.

Alors que le pouvoir débat de la dépendance des personnes âgées, notre bonne société à travers l’Etat et le capitalisme voudrait bien aussi s’en occuper pour nous, que ce soit à domicile par des aides-soignants à l’amabilité peu garantie, ou dans de sinistres hospices non moins coûteux. Vous autres pour l’instant, concentrez vous à bosser et sachez que c’est aussi pour eux que vous le faites, alors mettez du cœur à l’ouvrage. Une heure de travail de perdu, c’est ça de moins pour leur confort ou leur santé.

Comme exemple de cette prise en charge, le 5 mai 2011, un projet s’est lancé de construire un de ces mouroirs dans le XIXème, un bien bel exemple de progrès social. La maison de retraite « les jardins de Belleville » qu’on rebaptisera dans le langage du politiquement correct un EHPAD ( Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) sera située au 259, rue de Belleville, à côté du métro Télégraphe, elle devrait ouvrir ses portes en septembre 2013.

L’établissement, qui devrait comprendre une centaine de places, sera financé et géré par le groupe Humanis, troisième groupe de protection sociale en France, qui fait aussi dans les assurances. Le faux désintérêt dont il fait preuve, dans la veine du capitalisme social, consiste à se faire du bénéfice sur des services vendus comme nécessaires. Ce qui permet en contrepartie à ceux qui font pleinement partie de cette société de se concentrer sur leur vie active.

Voici comment de nos jours la considération pour les autres se convertie en devoirs sociaux puis en services monnayés. Voici comment on gère des humains, comment on dit vouloir alléger un fardeau qu’on a créé par le travail. Voici enfin comment, du berceau à la tombe, on se retrouve privés de liberté et placés sous tutelle.

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